Eglise catholique de Haute-Marne
https://52.catholique.fr/Video-ordination-diaconale-de-Jacques-Dominique-Pidassa?lang=fr
      Vidéo : ordination diaconale de Jacques-Dominique Pidassa

Vidéo : ordination diaconale de Jacques-Dominique Pidassa

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 1 vote

Homélie de Mgr Joseph de Metz-Noblat pour l’ordination de Jacques-Dominique Pidassa


Peut-être êtes-vous surpris par les lectures que nous venons d’entendre, vous demandant quel lien peut-il y avoir entre ces textes et l’ordination que nous célébrons maintenant. Ce sont tout simplement les textes de ce dimanche, 25e dimanche du temps ordinaire. Toute l’Église à travers le monde entier les entend, et se rappelle ainsi une chose précieuse : qu’il est impossible de servir à la fois Dieu et l’argent. Mais si j’ai tenu à ce que ces textes soient entendus aujourd’hui, c’est qu’ils ont en fait un rapport avec le ministère diaconal. N’oublions pas que dans les débuts de l’Église, les diacres étaient ceux qui étaient responsables des affaires matérielles.

Le plus célèbre d’entre eux est certainement saint Laurent, martyrisé à Rome, qui a été sommé par ces persécuteurs d’apporter les trésors de l’Église et qui est revenu quelques temps après avec les pauvres du quartier. Il y a là une juste compréhension de ce que signifie la richesse et la pauvreté, et à travers cela, un des éléments du service des diacres, qui est le souci des personnes pauvres. Pas uniquement pauvres de biens matériels, mais pauvres des biens moraux ou des biens spirituels.

La deuxième lecture nous fait entendre la recommandation de l’apôtre saint Paul qui est la recommandation de la prière : priez en particulier pour les dirigeants, ceux qui ont une responsabilité au sein de la société, afin que la manière dont ils impulsent des orientations pour le groupe, la communauté, la collectivité, la nation dont ils sont responsables, contribue au bien de tous. Or c’est une des missions du diacre que de prier, et de prier plus particulièrement pour ceux qui sont des acteurs dans la vie civile.

Service et prière, ce sont deux dimensions à laquelle s’ajoute une troisième évoquée aussi par le même saint Paul, qui est la dimension de l’annonce de l’Évangile. Nous voyons d’ailleurs dans le livre des actes des apôtres les premiers diacres qui sont au service concret des tables lors du rassemblement de la communauté chrétienne, veillant à ce qu’il y ait un équilibre et une équité dans cette distribution de la nourriture concrète. Mais aussi nous les voyons annoncer l’Évangile, quand nous avons le diacre Philippe en particulier, qui va même baptiser un eunuque et qui ainsi va l’aider à entrer dans la compréhension du Salut que le Christ apporte.

Ces trois missions de service, de prière et d’annonce, sont les missions de toute l’Église qui sont plus particulièrement rassemblées, incarnées par le diacre, qui ainsi va être configuré au Christ serviteur, qui lui-même a incarné cette triple mission. Mais le diacre ne pourra vivre cette mission que s’il a les mêmes qualités que le Christ, et là c’est une exigence singulière. Au long de l’Évangile, nous découvrons qu’il existe trois conseils évangéliques : la chasteté, la pauvreté et l’obéissance. Ces trois conseils évangéliques ont été repris dans la vie religieuse et sont à la base des vœux effectués par les religieux. Mais ils ne sont pas réservés aux seuls religieux. Chacun de nous est invité à les mettre en œuvre, et les ministres de l’Église d’une manière encore plus approfondie. Permettez que je les passe en revue l’un après l’autre, parce que c’est à travers ces triples moyens que nous pouvons être des serviteurs fidèles et c’est bien cela que l’on attend des ministres de l’Église.

La première qualité, c’est donc la chasteté. La chasteté signifie d’abord la juste distance entre les personnes, c’est-à-dire le refus d’entrer dans une relation de possession. C’est une qualité qui n’est pas, je vous le disais à l’instant, réservée aux ministres, puisque tout le monde est invité à vivre cette juste relation entre les personnes, en particulier dans la vie familiale. En fait, le contraire de la chasteté, c’est l’inceste. Nous voyons bien qu’il y a un dérèglement à travers le fait de l’inceste. La chasteté est donc la juste qualité de la relation et le refus de mettre la main sur ceux qui sont à nos côtés. La possessivité, la manipulation sont à l’inverse de la chasteté et risquent alors de détourner du juste objectif, l’objectif des ministres, qui est celui de servir et de faire grandir.

Le corollaire de la chasteté est le conseil évangélique de l’obéissance. L’obéissance est le juste rapport à l’autorité, sa propre autorité déjà dans la manière de diriger ce qui pourrait être confié, mais aussi le rapport à l’autorité supérieure. L’obéissance n’est pas une servilité. Quand tout à l’heure, Jacques-Dominique va promettre, dans les mains de l’évêque que je suis, respect et obéissance, il ne va pas promettre de devenir une carpette, puisque cela voudrait alors dire que l’évêque lui-même n’est pas dans la chasteté. Il s’agit bien d’entrer dans une disponibilité, une disponibilité du cœur qui veut que chacun ne fasse pas simplement ce qui lui plaît, mais bien ce qu’attend le Seigneur de lui.

Cela nécessite aussi une vertu profonde, de se mettre à l’écoute. Le verbe « obéir » se rapproche du verbe « ouïr », entendre. C’est bien par l’écoute de ce que Dieu veut que nous sommes capables d’entrer dans l’exercice de sa volonté. L’obéissance, c’est cette disponibilité du cœur à ce que Dieu désire. Et comment connaître ce que Dieu désire, si je ne prends pas le temps de l’écouter ? Dans la méditation de sa Parole, dans la prière, mais aussi dans la contemplation de son œuvre, au travers ceux qui m’entourent. La véritable écoute permet de reconnaître sur le visage du frère le visage du Christ lui-même, et à travers cette reconnaissance en servant mon frère, de servir le Christ.

Le troisième conseil évangélique, c’est la pauvreté. Cela rejoint directement les propos que nous venons d’entendre. Vous avez pu remarquer que Jésus traite systématiquement l’argent de « malhonnête ». Il qualifie l’argent par son caractère malhonnête. Nous savons que nous avons besoin de l’argent, puisque l’argent nous permet de vivre par l’acquisition ou la vente des biens qui existent en ce monde, et que pour nous nourrir nous avons besoin de l’argent. Mais Jésus nous met en garde, en nous disant : « Méfiez-vous, l’argent qui est un moyen, risque de devenir très vite une fin ». À ce moment-là, il est comme une obsession, et l’argent, s’il devient une fin, s’avère un maître tyrannique. La tyrannie de l’argent nous contraint alors à tout faire pour en obtenir, quitte à employer des moyens qui finalement ne respectent pas la dignité des personnes.

Avec ce que nous avons entendu du prophète Amos ou du Christ, nous nous apercevons qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, puisqu’à l’époque du prophète Amos, c’est-à-dire il y a 2800 ans, on pratique déjà le trucage des balances. On pratique déjà la volonté d’acquérir, de soudoyer ceux qui sont à nos côtés, parce que parfois nous pensons encore aujourd’hui qu’il suffit d’y mettre le prix et que nous aurons tout ce que nous voulons. Ou à l’époque du Christ, nous voyons, il y a 2000 ans, qu’il y a déjà des fausses factures. Je prends l’exemple de ce gérant qui dit : « Ah, tu devais 100 sacs de blé, écris 80 ». La tentation de l’argent est une tentation qui nous guette, mais qui peut guetter particulièrement le ministre de l’Église.

Il ne faut jamais oublier que l’Église ne vit que de la générosité de ses membres. D’ailleurs, Jacques-Dominique, ne t’attends pas à gagner des mille et des cents. Tu vivras de fait la pauvreté. Le peu d’argent que tu vas recevoir du diocèse te permettra à peine de couvrir tes propres besoins. Il ne faut pas oublier que le coût de la vie chez nous est quand même assez fort, tu le sais, et que ceux qui penseraient que, parce qu’un euro ça n’est rien chez nous c’est beaucoup ailleurs, se trompent : tu n’es pas riche. Je mets en garde ceux qui seraient tentés d’utiliser Jacques-Dominique pour pouvoir obtenir de lui de l’argent : il n’en a pas ! Parce que justement, comme le Christ qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, Jacques-Dominique se fait pauvre avec nous. Il veut ainsi, par le témoignage de la sobriété de sa vie, rejoindre ceux qui mènent aussi une vie sobre.

Si nous insistons ainsi sur tes trois qualités de vie que sont la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, c’est parce que le Christ lui-même les a vécues et qu’en les vivant il nous ouvre le chemin d’une vie positive. Il nous permet de ne pas nous engluer dans les préoccupations terrestres pour reconnaître la grandeur de notre vie. La qualité de nos relations, la qualité de la communion, du partage aimant que nous pouvons vivre sont des qualités qui nous viennent du Christ lui-même. Nous devons être des témoins du Christ. Le ministère diaconal, qui est un ministère de service, doit être effectivement le témoignage du Christ serviteur. Or le serviteur n’est pas plus grand que le maître et Jésus nous fait remarquer dans l’Évangile que, parce que lui-même s’est abaissé jusqu’à la mort, nous aurons nous aussi à nous abaisser jusqu’à la mort. La mort à nous-mêmes d’abord, pour qu’à travers nous, ce que nous vivons, ce que nous disons, ce que nous faisons, soit expression même de ce que le Christ vit, de ce qu’il dit, de ce qu’il fait. C’est la mission de tout baptisé et c’est la mission du diacre en particulier.

Ce sens du service va passer par l’abandon de sa volonté propre au bénéfice de la volonté de Dieu qui s’exprime à travers l’Église. Tout à l’heure, l’ancien supérieur du Grand séminaire de Lorraine rappelait la collaboration avec tous les fidèles. Le ministre ne peut pas être en distance par rapport aux fidèles de l’Église. Il est bien concrètement à leur service. C’est-à-dire qu’il doit les aider à devenir de plus en plus des baptisés dignes de ce nom, qui prennent en main leur vie propre en ce laissant animer par le Christ Jésus. Merci, Jacques-Dominique, d’aider ainsi ceux que tu vas côtoyer à être davantage fidèles à la Parole du Seigneur.

Mais il y a encore une qualité que je voudrais développer, en te remerciant aussi, c’est le fait que tu aies quitté ton pays pour venir jusqu’ici. Jadis Abraham a eu à quitter son pays pour pouvoir entrer dans le dessein de Dieu. Quitter son pays, cela ne se fait pas sans douleur. Tu auras certainement des moments où tu regretteras d’avoir quitté ton pays. Tu pourras retrouver ici l’équivalent d’une famille, la famille chrétienne étant au secours de ta famille naturelle. L’avantage pour nous que tu aies quitté ton pays, c’est que tu pourras être un pont, un pont entre le Nord et le Sud, entre Langres et Kara, un pont aussi avec ceux qui, comme toi, ont quitté leur propre pays pour venir s’installer dans celui-ci. À travers ce pont, tu pourras manifester que Dieu est vraiment le sauveur de tous les hommes. Nous l’avons entendu tout à l’heure, il n’y a qu’un seul Dieu et ce Dieu unique nous invite à nous reconnaître tous frères et sœurs. Quelque soit notre origine, quelque soit notre nationalité, quelque soit notre condition de vie.

Tu es finalement une chance pour nous, non pas simplement parce que nous bénéficions dans le diocèse de Langres d’un ministre supplémentaire, mais parce que tu vas nous aider à ouvrir notre cœur, et ainsi à avoir l’esprit véritablement catholique, c’est-à-dire universel. Avec les ponts que tu vas pouvoir établir, avec le service de la communion que tu vas pouvoir assumer, tu nous aideras à vivre davantage en frères et sœurs. Cela tombe bien, en cette année pastorale, où nous reconnaissons que le Père nous fait frères et sœurs, et toute à l’heure, quand nous allons prier ensemble le Notre Père, nous associerons tous ceux qui à travers le monde portent le beau nom de chrétien et qui par le baptême sont passés de la mort à la vie dans le Christ Jésus. Cette fraternité concrète, dont tu seras le témoin, nous permettra de grandir encore grâce au don de l’Esprit Saint.

Nous allons dans quelques instants invoquer ce même Esprit pour que tu puisses être davantage encore habité par lui et ainsi vivre le témoignage qui t’incombe, auquel faisait allusion encore saint Paul dans la lettre que nous avons entendue. Nous ne sommes pas seuls. Dans quelques instants aussi, nous allons invoquer tous les saints, les saints de l’histoire de l’Église, ceux qui ont été témoins de la tendresse de Dieu et du don du Christ. Qu’à la prière des saints, en nous y associant, nous devenions nous-mêmes davantage des saints porteurs de foi, d’espérance et de charité, rayonnants du service, rayonnants de la prière, rayonnants de l’annonce dans ces trois qualités que sont la chasteté, la pauvreté et l’obéissance.
Amen.

Revoir la célébration :

Le 18 septembre 2022, Mgr Joseph de Metz-Noblat, évêque de Langres, ordonnera Jacques-Dominique Pidassa diacre en vue du ministère presbytéral en l’église Sainte-Thérèse au Vert-Bois à Saint-Dizier. Né en 1989 au Togo, Jacques-Dominique est séminariste pour le diocèse de Langres depuis 2019. Il suit ses études au Grand séminaire de Lorraine, à Metz, et participe à la vie de la paroisse de Saint-Dizier pour son année d’insertion pastorale.

Jacques-Dominique, comment est née votre vocation religieuse ?
J’ai ressenti l’appel de Dieu sur moi à l’âge de 18 ans. Ce qui m’a attiré en premier lieu, c’est la vie religieuse. Je suis entré chez les Frères de Saint-Jean à l’âge de 21 ans, en me disant que c’est là que Dieu m’appelait. J’y suis resté une dizaine d’années.
J’ai fait une année de pré-postulat au Togo, dans mon pays d’origine. Ensuite j’ai été envoyé pour une année de postulat en Côte d’Ivoire, en Afrique de l’Ouest, puis j’ai suivi deux années de noviciat, au Cameroun, en Afrique centrale. À la fin de mon noviciat, j’ai fait mes voeux simples. Je suis donc devenu religieux à 23 ans.
J’ai terminé ma philosophie à Saint-Jodart, dans le diocèse de Lyon. J’ai ensuite débuté ma théologie à Rimont, dans le diocèse d’Autun, où se situe la maison mère des Frères de Saint-Jean. À l’issue de ma première année de théologie, j’ai été envoyé au Cameroun, pour deux ans de stage apostolique.
À la fin de ce stage, j’ai fait le point sur ma vocation : est-ce que Dieu m’appelait à devenir religieux ou à servir dans un diocèse ? J’ai donc demandé à faire une expérience dans un diocèse. C’est suite à ce discernement que je suis arrivé dans le diocèse de Langres.

Comment vous préparez-vous à vivre votre année diaconale ?
Je suis heureux de la grâce que Dieu m’accorde. C’est en toute humilité que l’on est appelé aux ordres. Pour moi, c’est une grande joie de voir que Dieu me permet de pouvoir être au service de l’Église.
Actuellement je suis présent en paroisse de Saint-Dizier, où je suis en charge de diverses missions auprès des Pères Loïc De Clock, Benoît Jourdain, Ajay Pal et Vincent Cardot. Je participe aux activités des jeunes notamment : groupe des servants d’autel, préparation à la confirmation, animations à l’ESTIC, ainsi qu’aux cellules paroissiales d’évangélisation et aux rencontres pour les obsèques.
Être diacre, c’est être le serviteur des autres. J’espère pouvoir vivre cette année diaconale humblement, dans la joie et dans la sérénité, afin de me préparer pour l’ordination presbytérale.

Documents joints

Ma paroisse en un clic


  • J'accepte de recevoir 2 fois par mois vos informations par email. Désinscription en 1 clic*

Saint(s) du jour

Lectures du jour

Eglise de France

Nouvelles du Vatican